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Châteaux 5 min de lecture

Le château de Beauregard et sa galerie des Illustres

Beauregard est mon secret le mieux gardé : un petit château intime, blotti dans les bois, qui abrite l’une des galeries de portraits les plus extraordinaires d’Europe. Et presque personne ne le connaît.

La galerie des Illustres du château de Beauregard

Un château intime, l’anti-foule par excellence

Si Chambord et Chenonceau vous ont un peu épuisé par leurs flots de visiteurs, Beauregard sera une bouffée d’air. Niché au cœur d’un parc boisé au sud de Blois, ce château à taille humaine se découvre dans le calme, loin des cars de tourisme. Construit au XVIᵉ siècle comme rendez-vous de chasse, puis remanié, il a gardé une atmosphère de demeure habitée plutôt que de monument. On y déambule sans bousculade, on prend son temps, on écoute le silence des salles. C’est exactement le genre d’endroit que je recommande à mes voyageurs en quête d’authenticité, ou un peu lassés des grands sites. Ici, le luxe, c’est l’espace et la tranquillité. Une parenthèse précieuse au milieu d’un séjour bien rempli.

La galerie des Illustres : 327 portraits historiques

Le trésor de Beauregard, c’est sa galerie des Illustres, et elle est unique en Europe. Sur les murs d’une longue salle s’alignent 327 portraits peints, représentant les grandes figures qui ont marqué l’histoire de France et d’Europe sur plus de deux siècles : rois, reines, papes, empereurs, navigateurs, ministres. Cette galerie, voulue au XVIIᵉ siècle par Paul Ardier, ancien trésorier, se lit comme une véritable encyclopédie illustrée du pouvoir, conçue bien avant l’invention du livre d’histoire moderne. Chaque souverain est replacé dans sa dynastie, sous le portrait du pape et de l’empereur de son temps. On reste saisi devant l’ampleur de l’ensemble. Prenez le temps de chercher les visages célèbres : c’est un jeu de piste passionnant pour petits et grands.

Un sol en faïence de Delft, sous vos pieds

Levez les yeux vers les portraits, puis baissez-les vers le sol : la galerie des Illustres réserve une seconde surprise. Le pavement d’origine est composé de milliers de carreaux de faïence bleue de Delft, figurant une armée en marche, cavaliers et fantassins déployés comme sur un champ de bataille miniature. Cet ouvrage précieux et fragile, posé au XVIIᵉ siècle, est l’un des rares de ce type conservés en France. Marcher au-dessus de cette parade silencieuse, sous le regard de trois siècles de monarques, donne à la salle une solennité particulière. C’est le genre de détail que l’on ne soupçonne pas et qui fait la différence entre une visite et un souvenir. Les amateurs de céramique ancienne y trouvent un bonheur rare.

Le cabinet des Grelots, joyau Renaissance

Avant la galerie, ne manquez pas le cabinet des Grelots, l’une des plus belles pièces de la Renaissance qui se puissent voir dans la région. Ce petit cabinet de travail doit son nom au décor de grelots d’or qui orne ses lambris peints, en écho aux armoiries de Jean du Thier, secrétaire d’État d’Henri II et bâtisseur du château Renaissance au XVIᵉ siècle. Le plafond à caissons, les boiseries finement ouvragées et les couleurs préservées composent un écrin d’une rare intimité. On imagine sans peine le maître des lieux y lire ou y traiter ses affaires, à l’abri du monde. La conservation exceptionnelle de ce décor, presque intact après cinq siècles, en fait un témoignage précieux du raffinement de la première Renaissance française. Une pièce minuscule, mais inoubliable.

Le jardin des Portraits et le parc boisé

À l’extérieur, le domaine prolonge le plaisir de la visite. Le jardin des Portraits, créé par une paysagiste contemporaine, décline une succession de chambres de verdure aux couleurs vives, pensées comme un écho végétal à la galerie intérieure : chaque « salle » de fleurs évoque une tonalité, une humeur. Au-delà, un vaste parc paysager planté d’arbres centenaires invite à la promenade, à l’ombre des chênes et des cèdres. Les allées tranquilles, les perspectives soignées et la présence d’un étang composent un cadre reposant, parfait pour souffler après la densité de la galerie. C’est un domaine où l’on aime traîner sans but, laisser les enfants courir et goûter la fraîcheur des sous-bois aux beaux jours.

Pourquoi Beauregard reste méconnu (et pourquoi c’est tant mieux)

Beauregard souffre d’un paradoxe : il possède une galerie unique au monde, mais reste éclipsé par ses voisins prestigieux. Trop discret pour figurer en tête des guides, trop riche pour être anecdotique, il occupe une place à part. Pour le voyageur averti, c’est une aubaine. Vous accédez à un patrimoine de tout premier ordre sans la cohue, à un tarif raisonnable, dans une ambiance presque confidentielle. J’ai pris l’habitude de le glisser dans les itinéraires de mes hôtes comme une récompense, une pépite que peu de leurs amis auront vue. Espérons qu’il garde encore longtemps ce charme un peu secret. En attendant, profitez-en : ce genre de tranquillité, dans le Val de Loire, devient rare.

Organiser sa visite : durée et bons moments

Beauregard se visite confortablement en 1h30 à 2h, galerie, cabinet des Grelots, appartements et jardins compris. C’est une durée idéale pour compléter une journée sans se sentir pressé. Le château ouvre selon les saisons, généralement du printemps à l’automne, parfois avec des fermetures hivernales : vérifiez les horaires sur le site officiel avant de partir. La fin de matinée ou le milieu d’après-midi sont des créneaux agréables, la lumière mettant joliment en valeur la galerie et le jardin des Portraits. Pensez à associer Beauregard à un autre site proche pour rentabiliser le trajet : avec Cheverny tout proche, vous tenez là un duo parfait entre grand château habité et pépite intimiste.

Venir à Beauregard depuis Meung-sur-Loire

Depuis La Maison du Château, Beauregard se rejoint en 45 minutes environ de route, vers le sud de Blois, par la rive du Cher et la campagne blésoise. Le domaine dispose d’un stationnement à proximité. Sa situation, à quelques kilomètres de Cheverny et de Chambord, en fait un complément idéal à une journée consacrée à ces grands châteaux : on alterne la démesure royale et l’intimité d’un cabinet Renaissance. Pour mes voyageurs qui cherchent à sortir des sentiers battus, je conseille volontiers de commencer par les sites majeurs le matin, puis de finir en douceur à Beauregard l’après-midi. Le contraste est saisissant, et l’on quitte le Val de Loire avec le sentiment d’en avoir percé un secret.

Beauregard, c’est la preuve qu’il existe encore, dans le Val de Loire, des trésors confidentiels : 327 portraits, un sol de faïence de Delft, un cabinet Renaissance intact, et pas la moindre foule. Depuis La Maison du Château à Meung-sur-Loire, 45 minutes suffisent pour s’offrir cette pépite, idéale en complément d’une journée à Cheverny ou Chambord.

Pour votre séjour

La Maison du Château

150 m² · 4 chambres · 8 couchages · à 100 m du château de Meung-sur-Loire, 1h30 de Paris.

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